DE SES DEBUTS JUSQU'A ST-GEORGES D'ELLE
Des débuts au frein à main
Franck n'est pas comme de nombreux cavaliers du cru, issu d'une famille d'éleveurs traditionnels. Son père Jérome Schillewaert, pharmacien de son état, établi à Erquinghem/Lys près de Lille, n'est pas cavalier. Son épouse, Maryse, débute l'équitation vers l'âge de dix-huit ans, se passionne, achète un cheval et fréquente assidument le club rural d'Herlies tenu par Michel Cruppe. La famille suit l'équipe du club sur les terrains de concours dominicaux.
Jeune, Franck n'est pas spécialement emballé il est même très mal à l'aise sur le dos d'un cheval et préfère se jeter à terre au moindre faux pas de ce dernier, mais sa mère le traîne tant bien que mal aux leçons d'équitation. Il finit par obtenir son second degré à dix-sept ans et dédute sans plus de conviction, mais avec déjà un certain talent, en classe D avec un dénommé LIDO DU NORD.
Pendant ce temps, il acquière un BEP commerce-vente qui ne le mène à rien de concret. De projet professionnel, il n'en a pas vraiment. Son cheval meurt de coliques, Perce-neige, petit alezan brulé est acheté chez Hervé Francart.
Pour Franck, il est temps de choisir une orientation. Les chevaux..., ses parents ne l'envisagent pas. Un petit coup de gueule, des parents jugés un peu trop stricts, Franck, qui est l'aîné avec un caractère déjà bien trempé, prend ses cliques et ses claques et part chez Hervé Francart en tant que stagiaire. Ce mouvement d'humeur devait décider de son destin.
A l'Est, l'initiation
Nous sommes en 1987, Franck a donc dix-huit ans et découvre le métier dans sa réalité la plus crue: entretien des boxes, débourrage, détente des chevaux, dix à douze par jour, grooming, sans oublier les soins au bétail, les foins, la paille, et le rude climat de la région de Sedan (Ardennes), il eut alors été tentant pour tout autre de rebrousser chemin et de réintégrer le giron familial. Mais un petit quelque chose qui s'appelle l'orgueil le retient.
Franck reste à Sedan jusqu'à fin 1988 et accomplit sa première saison de Cycle Classique 4 ans avec la petite Source de Beaupré (Jokris), saison concluante et de bon augure pour la suite des évènements. En dépit de l'inexpérience du cavalier dans les épreuves jeunes chevaux, elle se solde par 14 sans-faute sur 14 parcours, ce qui était rare à l'époque, et la tête du palmarès de sa génération.
L'armée lui tend les bras: classes à Rambouillet, intégration au CSEM de Fontainebleau, déçu de ne pas monter suffisamment, Franck rue dans les brancards. Le capitaine Jean-Michel Faure l'expédie au service auto, Franck y passe le précieux permis poids lourds.
Retour à la vie civile, Jérôme Schillewaert, propriétaire d'un jeune cheval confié à Philippe Dessauvages,suit celui-ci sur les terrains de concours et fait la connaissance d'Eric Navet qui accepte de prendre Franck en tant que stagiaire à l'essai.
A l'Ouest, le perfectionnement
Nous sommes en 1990 et les écuries de Baussy s'apprêtent à vivre une très grande époque, particulièrement faste pour celui qui allait devenir Champion du Monde avec l'étalon Quito de Baussy quelques mois plus tard. Outre Quito, les chevaux qui composent le piquet d'Eric ont marqué leur temps, ils ont pour noms: Osyris, Naïka de Baussy, Narcos II, Quat'Sous, Quastourelle, Rosire, Petrol Dollar, Roxanne de Gruchy,...
Le courant passe incontestablement bien entre Eric et celui qui, entré comme simple stagiaire, ne tarde pas à travailler les chevaux d'âge en l'absence du maître, et se voit confier le piquet des jeunes chevaux. Eric est très exigeant, Franck se plie à sa rigueur et l'adopte définitivement. La première année, Eric était très présent et il lui à réappris le travail sur le plat en lui faisant comprendre toute son importance pour améliorer un cheval, les techniques de bases sur les barres et la découverte de la sensibilité de la mécanique du cheval: "J'ai eu beaucoup de chance, ma reconnaissance est énorme..."
Entre temps, il rencontre Céline Harel, cavalière amateur de Telstar II, fille de Muguet du Manoir. Céline s'intéresse de près à cette origine, or, Franck monte deux produits de Muguet...
En 1990, Franck sort les 4 et 5 ans. Une saison qui se termine avec une 5ème place dans le championnat des 5 ans avec Twist des Noues (Muguet du Manoir). En 1991, il devient salarié, se voit confier tous les jeunes chevaux et remporte le Championnat des 6 ans avec Tea Time de Baussy (Grand Veneur). Jean-Pierre Vilault l'attend à la sortie de piste et lui propose de l'embaucher.
L'époque Vilault dénote avec celle qui précède, mais Franck en garde un souvenir heureux. Elle ne dure qu'une saison, 1992, menée à cent à l'heure entre deux écuries, celle des vieux chevaux stationnés chez Laurence Meunier à Croissanville, et celle des jeunes chez Jean-Pierre Vilault à Notre-Dame d'Estrées. Les chevaux de tête sont Ouilly du Houley, Sacré Feu, Serpolet du Mont,... Rhésus V avec lequel il remporte la puissance d'Alençon en sautant 2,15 m. Franck acquiert de l'expérience sur le circuit classe A, joue des coudes dans ce cercle fermé des 1ère catégories où tout nouveau venu est mis au purgatoire et ne s'impose qu'à force de résultats. Il en profite pour observer les meilleurs.
Un différent avec Jean-Pierre Vilault le pousse à quitter ses écuries. Alain Hinard cherche un cavalier, Franck est celui-ci pendant une saison même si l'ambiance des écuries d'Auvers, où l'école d'équitation côtoie l'écurie de compétition, ne peut lui convenir. Suzanna du Boulay et Upton d'Auvers l'accompagent avec succès en B1. Une douzaine de chevaux accèdent à la qualification pour Fontainebleau, le piquet est de qualité et compte notamment Veneur et Altéa d'étenclin, Amazone et Beguin de Moens. Une clavicule cassée le jour même de ses fiançailles, lui interdit la Grande Semaine. L'heure est à la réflexion: partir à l'étranger ou se fixer dans ses propres installations?
L'installation à St-Georges d'Elle
Finalement, Franck décide de s'installer dans le berceau bas-normands, il commence à être connu dans cette région où il n'est pas toujours facile de s'intégrer et il ne veut pas perdre cet avantage car on est vite oublié.
Une ferme se trouve à vendre à Saint-Georges d'Elle, petite commune située à une dizaine de kilomètres à l'est de Saint-Lô, endroit idéal pour les jeunes chevaux. M. Harel, le père de Céline, est intéressé par le quota laitier et les terres qui l'entourent, Franck et Céline par la maison, les batiments à aménager et un terrain attenant. La transaction est longue car le déplacement du quota laitier de la Manche vers le Calvados tout proce (les Harel résident au Molay-Littry) posent quelques problèmes aux instances agricoles. Qu'à cela ne tienne, les travaux commencent. Aidé par sa belle-famille, Franck retrousse les manches. Chacun mène de front ses activités professionnelles et la construction des écuries. Un batiment est rénové, un autre créé: l'ensemble compte 22 boxes. La carrière est mise en place. En attendant, les chevaux trouvent asiles pour une part au Molay-Littry chez Jacques Grandchamp des raux, et pour l'autre à Villiers Fossard, chez Hubert Groualle.
Le 1er mars 1994, les Schillewaert installent les chevaux, les portes tout juste scéllées, dans ce qui s'appelle aujourd'hui Les Ecuries du Val St-Georges, et se marient le même mois, prêts à demarer leur propre histoire.
